La MDPH dispose d’un délai légal de quatre mois pour répondre à un dossier complet lié à une dyslexie. Pourtant, cette démarche n’est pas toujours nécessaire : tout dépend des conséquences concrètes du trouble et des moyens de compensation requis.
Dyslexie et MDPH : la reconnaissance dépend du retentissement réel
La dyslexie est un trouble durable de l’apprentissage de la lecture. Elle peut être associée à une dysorthographie, une dyscalculie, une dyspraxie ou une dysphasie. Ces troubles dys ne traduisent pas une faible intelligence et persistent parfois à l’âge adulte.
Une dyslexie reconnue par la MDPH n’est pas accordée sur la seule présence d’un diagnostic. L’équipe pluridisciplinaire examine les limitations durables : lenteur de lecture, fatigabilité, difficultés à prendre des notes, dépendance envers un adulte, échec scolaire malgré les adaptations ou obstacles professionnels. Pour replacer cette démarche dans le cadre plus général du handicap non apparent, ce guide apporte des repères complémentaires.
La MDPH évalue les conséquences du trouble dans la vie quotidienne, scolaire ou professionnelle. Deux personnes présentant le même diagnostic de dyslexie peuvent donc obtenir des décisions différentes.
Les 4 situations qui justifient un dossier MDPH
1. Une dyslexie sévère nécessitant un ordinateur financé
Un élève peut utiliser un ordinateur dans le cadre d’un PAP. L’établissement autorise alors la saisie numérique, la synthèse vocale, le correcteur orthographique ou le logiciel de dictée. En revanche, le PAP ne finance pas l’équipement.
Lorsque l’enfant a besoin d’un matériel pédagogique adapté prêté par l’Éducation nationale, un PPS doit être demandé auprès de la MDPH. Le dossier doit montrer que l’ordinateur compense une limitation durable : écriture trop lente, production manuscrite illisible, surcharge cognitive ou impossibilité de suivre le rythme de la classe. La CDAPH décide de l’attribution du matériel.
2. Un besoin d’aide humaine en classe
Le recours à une AESH constitue un autre motif fréquent. Cette aide s’adresse notamment à l’élève qui ne parvient pas à rester engagé dans le travail, à noter les consignes, à organiser son matériel ou à produire un écrit sans accompagnement soutenu.
La CDAPH peut notifier une AESH individuelle, avec un nombre précis d’heures hebdomadaires, ou une AESH mutualisée intervenant auprès de plusieurs élèves. Dans un dispositif ULIS, l’AESH collective accompagne le groupe. Elle peut reformuler une consigne, faciliter la prise de notes et soutenir l’organisation. Elle n’enseigne pas, ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas l’orthophoniste.
3. Des troubles dys associés avec des besoins multiples
Une dyslexie combinée à une dysorthographie marquée, une dyspraxie, un trouble du langage ou des difficultés attentionnelles entraîne souvent un retentissement plus large. L’élève cumule alors lenteur, erreurs de copie, désorganisation, fatigue et perte d’autonomie. Un PAP risque de ne plus suffire.
Le PPS peut réunir plusieurs réponses : matériel adapté, AESH, aménagement de l’emploi du temps pour les soins, transport scolaire ou orientation particulière. La CDAPH peut notamment décider une orientation en ULIS, en IME ou vers un service spécialisé. Pour une ULIS, la notification ne vaut pas affectation immédiate : celle-ci dépend de l’Éducation nationale et des places disponibles.
4. Une dyslexie adulte avec retentissement professionnel
À l’âge adulte, la demande porte généralement sur la RQTH, la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Elle devient pertinente quand la lecture de documents, la rédaction de courriels, la prise de notes ou la gestion de doubles tâches fragilisent l’emploi. Une RQTH reste possible avec un taux d’incapacité inférieur à 50 %.
La RQTH facilite les aménagements de poste et d’horaires, l’accès aux aides de l’Agefiph, l’emploi accompagné ou un télétravail négocié. Le médecin du travail peut préconiser une synthèse vocale, des modèles de documents, davantage de temps ou une réduction des tâches manuscrites. L’employeur doit examiner ces préconisations et motiver un éventuel refus.
Cette reconnaissance reste confidentielle. Le salarié choisit s’il souhaite la communiquer. Lorsque le handicap est irréversible, la RQTH peut être attribuée sans limitation de durée.
PAP ou PPS : quelle procédure choisir ?
Le plan d’accompagnement personnalisé répond aux troubles durables des apprentissages qui ne nécessitent ni aide humaine, ni matériel financé, ni orientation. Les parents peuvent le demander. Il peut aussi être proposé par le conseil des maîtres ou le conseil de classe. Le directeur ou le chef d’établissement le décide après avis du médecin scolaire, sans intervention de la MDPH.
Besoin de l’élève PAP PPS via la MDPH Consignes lues à voix haute et supports adaptés Oui Oui, si intégré au projet global Allègement des copies et évaluations orales Oui Oui Ordinateur personnel autorisé Oui Oui Matériel financé ou prêté Non Oui, sur notification AESH Non Oui Orientation ou transport adapté Non Oui
Le PAP est révisé chaque année et suit l’élève lors d’un changement d’établissement. Si les adaptations deviennent insuffisantes, l’équipe éducative et la famille peuvent préparer une demande de PPS. La décision de PPS prise par la CDAPH est opposable à l’Éducation nationale.
Le rôle du bilan orthophonique dans la demande
Le bilan de l’orthophoniste décrit les compétences en lecture, en orthographe et en langage écrit. Il mesure notamment la précision, la vitesse, les stratégies de compensation et l’écart par rapport aux résultats attendus. Il aide à objectiver la dyslexie et la dysorthographie, mais ne décide pas des droits.
Aucun diagnostic définitif n’est exigé lorsque le certificat médical décrit précisément les difficultés. Un dossier solide rapproche toutefois les résultats des bilans des situations observées : temps doublé pour les devoirs, consignes mal comprises après une lecture autonome, épuisement, notes inachevées ou abandon d’activités.
Selon le profil, des bilans de psychomotricité, d’ergothérapie ou de neuropsychologie complètent l’évaluation. Leur accumulation n’a d’intérêt que s’ils éclairent une limitation ou un besoin de compensation.
Comment constituer un dossier MDPH convaincant ?
La demande repose sur le Cerfa n° 15692*01. Elle comprend un certificat médical de moins d’un an, une pièce d’identité et un justificatif de domicile. Pour un PPS, la famille joint également le GEVA-sco et les bilans utiles.
Le GEVA-sco de première demande est rempli pendant une réunion de l’équipe éducative. Il précise ce que l’enfant réalise seul, avec aide ou pas du tout. Lors d’un réexamen, l’équipe de suivi de la scolarisation l’actualise. Ce document nourrit l’évaluation, mais n’attribue aucun droit.
Le projet de vie doit rester concret. Il convient d’y indiquer :
- le temps consacré aux devoirs et aux relectures ;
- la fatigue après une journée de classe ou de travail ;
- les tâches impossibles sans aide ;
- les outils déjà testés et leurs résultats ;
- les soins suivis et leurs contraintes horaires ;
- les activités abandonnées en raison du trouble ;
- les compensations précisément demandées.
Pour préparer une rentrée en septembre, un dépôt avant la fin du mois de mars laisse une marge face au délai légal de quatre mois. Ce délai commence lorsque le dossier est complet. Au-delà, le silence de la MDPH vaut refus.
Ce que la reconnaissance MDPH apporte financièrement
La reconnaissance n’entraîne pas automatiquement le versement d’une allocation. L’AEEH est versée jusqu’aux 20 ans de l’enfant, sans condition de ressources. Son montant de base est de 153,01 euros par mois. La CDAPH ouvre le droit, puis la CAF ou la MSA assure le paiement.
L’AEEH est accessible avec un taux d’incapacité d’au moins 80 %. Pour un taux compris entre 50 et 79 %, l’enfant doit fréquenter un établissement spécialisé ou suivre des soins ou un accompagnement préconisés par la commission. Des compléments peuvent compenser des dépenses, une réduction d’activité parentale ou l’emploi d’une tierce personne.
Le taux ne mesure pas la gravité médicale de la dyslexie isolément. Il repose sur un guide-barème national et sur ses répercussions. Un taux inférieur à 50 % correspond à des troubles légers ou modérés sans entrave notable à la vie sociale. La tranche de 50 à 79 % traduit une entrave notable avec une autonomie conservée pour les actes essentiels.
Aménagements d’examens : une demande séparée
Un PAP ou un PPS ne donne pas automatiquement droit à un tiers-temps. Une demande spécifique doit être déposée pour chaque examen ou session, notamment pour le brevet, le CAP ou le baccalauréat. Le formulaire est adressé au médecin désigné par la CDAPH, généralement à l’automne et avant l’échéance fixée par le rectorat. La décision revient au recteur.
La majoration est limitée à un tiers du temps prévu. D’autres aménagements d’examens existent : ordinateur, secrétaire, salle séparée, pauses, conservation des notes ou étalement des épreuves. Dans l’enseignement supérieur, le service handicap et le médecin universitaire peuvent proposer des adaptations sans reconnaissance MDPH obligatoire.
Réagir à un refus ou à une compensation insuffisante
La notification doit être lue en détail : durée des droits, volume d’aide humaine, matériel accordé et date d’effet. Si la réponse ne correspond pas aux besoins documentés, la famille ou l’adulte dispose de deux mois pour adresser un recours administratif préalable obligatoire à la MDPH.
Le RAPO est gratuit, s’écrit sur papier libre et ne nécessite pas d’avocat. Il doit reprendre la décision contestée, expliquer les conséquences négligées et joindre les pièces nouvelles : compte rendu scolaire, bilan actualisé, avis du médecin du travail ou preuve de l’échec des adaptations existantes.